Visite d'expo "Générations – Un siècle d’histoire culturelle des Maghrébins en France" à la CNHI

Ateliers-débats « Générations – Un siècle d’histoire culturelle des Maghrébins en France »

Lors de l’année scolaire 2009-2010, l’association Citoyenneté Jeunesse, en partenariat avec l’association Génériques, la CNHI (Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration) et le Conseil Général de la Seine-Saint-Denis, a proposé aux établissements de ce département un module de visite de l’exposition « Générations – Un siècle d’histoire culturelle des Maghrébins en France » au Palais de la Porte dorée.

La conception et l’animation de ce module ont été confiées à ethnoArt. Il s’agissait d’un cycle de deux ateliers de deux heures animés par un ethnologue, l’un en amont, l’autre en aval de la visite de l’exposition. En se basant principalement sur des extraits de films, mais aussi de musiques et de textes, l’ethnologue générait et animait un débat dans la classe. L’objectif de ces ateliers était d’accompagner les élèves dans l’appréhension de l’exposition (repères chronologiques, notions…) et d’en dégager les principales problématiques. Ce module s’intégrait parfois à des projets plus importants pris en charge par Citoyenneté Jeunesse, comprenant des sorties culturelles et des rencontres de témoins.

 

50 classes ont participé à ce projet.  Rapidement, il nous est apparu nécessaire de travailler sur le contenu du terme « Maghrébin », dont la perception par les élèves était très fortement stéréotypée. Pour la plupart, être « Maghrébin » impliquait nécessairement une religion (l’islam), un certain type physique (peau mâte, cheveux et yeux foncés) et une langue (l’arabe et/ou les langues berbères). En écho aux débats qui agitaient à la même période la classe politique quant à la définition de l’identité française, certains élèves avaient même des difficultés à concevoir que l’on puisse être à la fois Français et musulman. Autre confusion : le mot renvoie indifféremment aux habitants du Maghreb et à des personnes ayant une origine, parfois très lointaine, maghrébine. La différence est pourtant de taille. Être né et avoir grandi ici où là-bas n’a pas les mêmes implications en terme de références culturelles et d’expériences sociales.

 

La première séance a alors consisté à interroger ce stéréotype, les modalités de sa construction dans le cadre du processus colonial et les enjeux de son usage. Qui utilise ce terme ? Pour désigner qui ? La diversité des situations que recouvre le terme de « Maghrébin » fut également analysée : diversité de types physiques (beaucoup d’élèves n’avaient pas conscience que nombre de personnes originaires du Maghreb ont la peau noire par exemple), diversité linguistique (langues berbères, arabe littéraire et dialectes, mais aussi langue française et syncrétisme linguistique), diversité religieuse (islam mais aussi christianisme et judaïsme), diversité sociale (villes/campagnes, classes sociales, notabilités et variations de richesses…), diversité des conditions et motifs de la venue en France (travail ouvrier, armée, carrière artistique, études, exil…). Ce travail de déconstruction a permis de mettre en garde les élèves quant au recours aux stéréotypes et de les inciter à la fois à la vigilance et à l’effort intellectuel.

 

La seconde séance permettait de revenir sur le contenu de l'exposition et d'élargir la discussion à la question de la diversité culturelle constitutive de la société française et des constructions identitaires des populations issues de l'immigration : ambiguïté du rapport au « bled », conflit d'allégeance entre ici et là-bas, mythe du retour, deuil nécessaire du processus migratoire, sentiment de révolte quant aux humiliations et à l'exploitation vécues par les générations antérieures... La conclusion de la séance portait sur la nécessité et les moyens de lutter pour plus d'égalité au sein de la société française, à travers notamment l'exemple de la « marche pour l'égalité et contre le racisme » de 1983, plus communément connue sous le nom de marche des beurs, et de ses acquis.