La parenté, affaire de sang, affaire de sens

L’image que l’on peut avoir de la famille classique ne reflète guère la réalité contemporaine. Les divorces, les familles recomposées et l’effritement des liens familiaux conduisent à la désuétude du modèle que l’on considère comme le modèle traditionnel (un père et une mère mariés avec leurs enfants). Au vu de la diversité des cultures, il n’existe pas de famille type. Chaque société et surtout chaque époque définissent la famille, ou la parenté, qu’elle pense être la norme. Le détour par d’autres formes familiales permet de comprendre que la famille, ici, ne se dégénère pas mais change de forme, s’adapte à de nouvelles contraintes. Ces transformations amènent à s’interroger sur les différentes formes que la famille peut endosser ici et ailleurs.

Table des matières

Ces « nouvelles » formes que l’on rencontre autour de nous et dans nos propres foyers peuvent être monoparentales (un seul parent), homoparentales (couple du même sexe), recomposées, pluri-parentales (beaux-parents successifs qui endossent aussi le rôle de parent) ou encore d’adoptions. La parenté tend à s’instaurer de manière plus sociale que biologique : ce sont les liens créés avec le temps, les soins procurés, l’attention portée, le désir et le choix d’être parent qui priment sur la relation de consanguinité.

Le lien dans la famille

La filiation est le lien qui rattache des individus de différentes générations entre eux. Il peut être biologique ou symbolique. Si toute société reconnaît la filiation, certaines lui accordent plus d’importance que d’autres et toutes ne la définissent pas de la même manière. Notre société suit le modèle de la filiation dite indifférenciée (ou cognatique), c’est-à-dire que l’enfant appartient indifféremment à la famille de son père et de sa mère. Ce système assimile engendrement et filiation. De plus, il sous-entend l’exclusivité de la filiation : on n’est en position de fils ou de fille que par rapport à un seul homme et/ou une seule femme.

Certaines sociétés sont régies par le principe matrilinéaire (l’individu appartient à la lignée de sa mère), ou patrilinéaires (appartenance au côté de son père : son patrilignage). La plupart des groupes mêlent les deux types de filiation. Par ailleurs, plusieurs sortes de parents sociaux peuvent s’ajouter aux parents de sang. Par exemple, chez les Indiens Hopis de l’Arizona, tous les médecins qui ont soigné un individu deviennent ses « pères ». La mère de l’enfant malade en fait don au médecin pour que celui-ci puisse le guérir. De la même manière, tous les hommes invités dans une famille deviennent les enfants de l’hôte.

Pour aller plus loin…

  • Sylvie Cadolle, Être parent, être beau-parent. La recomposition de la famille, Editions Odile Jacob, 2000.
  • Agnès Fine (Sous la direction de), Adoptions. Ethnologie des parentés choisies, Editions de la MSH, 1998.
  • Maurice Godelier, Métamorphoses de la parenté, Fayard, 2004.
  • Cai Hua, Une société sans père ni mari, les Na de Chine, PUF, 1997.
  • Martine Segalen, Sociologie de la famille, Armand Colin, 1987.
  • François de Singly, Le soi, le couple et la famille, Nathan, 2000.
  • Irène Thery (Sous la direction de), Recomposer une famille, des rôles et des sentiments, Les éditions Textuel, 1995.

La parenté dépasse le biologique et prend des formes variées en fonction des époques et des sociétés. Nous nous interrogerons sur l’évolution des familles et la diversité de leur organisation. Au-delà des différences, nous soulignerons l’universalité de l’institution familiale et des fonctions qu’elle remplit : élevage des enfants, transmission matérielle et symbolique, répartition des rôles et des places en fonction du sexe, de la génération et du rang de naissance.

1. Extraits de films proposés :

  • Jeunes femmes D’jafoun, documentaire de Néna Baratier (France, 1980). La place de la femme chez les D’Jafoun (Cameroun).
  • Du côté de chez soi, documentaire de Rahma Benhamou El Madani (France, 2003). Une famille franco-maghrébine entre France et Maroc, de nos jours.
  • Un monde sans père ni mari, documentaire de Eric Blavier et Thomas Lavachery (Belgique, 2000). Une société matrilinéaire, les Mosos de Chine.
  • Huahine, documentaire de Marie-Pierre Raimbault (France, 1999). En Polynésie, on cède ses enfants à un tiers de sa propre famille : le premier est donné à ses grands-parents paternels, le second à ses grands-parents maternels. Cette pratique, qui consiste à donner ou recevoir des enfants, a une fonction politique qui dévoile des stratégies d’alliance et de prestige.

2. Travail avec les élèves :

  • Comment définissez-vous votre famille ? Qui englobe-t-elle? Quelles relations existe-t-il entre ses membres ?
  • Une famille est-elle forcément composée d’un père, d’une mère et de leurs enfants ?
  • Pour être parent, doit-on avoir un lien de sang ?
  • Un père et une mère suffisent-ils pour faire un enfant ?
  • Le mot « papa » existe-t-il dans toutes les langues ?
  • A quoi « sert » la famille ? Quelles sont ses fonctions ?

3. Travail demandé aux élèves :

A la fin de la première séance et en vue de la seconde, il sera demandé aux élèves de rapporter des photos, images ou dessins qui représentent une famille. Ils devront fournir deux exemples : la famille telle qu’ils la conçoivent et une famille différente.

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